"La plupart des hommes sont incapables de se former une opinion personnelle mais le groupe social auquel ils appartiennent leur en fournit de toutes faites." - Gustave Le Bon, dans "Aphorismes du temps présent".

Conformisme

On appelle conformisme, la situation dans laquelle les pressions sociales existantes, sans être explicites, conduisent à un processus de changement d'opinion, de comportement ou même de perception d'un individu dans le sens d'une ou plusieurs personnes considérées comme la source d'influence.

Moutons de Panurge

MoutonsDePanurgePanurge est un personnage de François Rabelais, compagnon de Pantagruel, le fils de Gargantua. Pendant leur voyage au « Pays des Lanternes », Panurge se prit, en mer, de querelle avec le marchand Dindenault. Pour se venger, il lui acheta un de ses moutons, qu'il précipita dans la mer. L'exemple et les bêlements de celui-ci entrainèrent tous ses congénères et le marchand lui-même, qui, s'accrochant au dernier mouton, se noya.

L'expérience de Solomon Asch (1956)

aschligneCette expérience met en jeu un groupe composé 10 personnes : 9 complices du chercheur et le véritable sujet de l'expérience qui ignore que les 9 autres sont des complices. La tâche proposée au groupe est la suivante : il va s'agir de comparer une ligne témoin à trois autres, parmi lesquels une seule a la même longueur que la ligne témoin. Mais ce qui est réellement mesuré n’est pas la perception ou l'intelligence, mais la résistance à la pression sociale.
Comme on le voit, cette tâche est d'une simplicité enfantine et devrait se solder par une performance avoisinant les 100% pour tous les sujets. Chacun d'entre eux répond à tour de rôle et à haute voix, le sujet « naïf » étant placé en avant-dernière position. On réalise 18 essais ; dans 12 de ces essais, les « complices » donnent une mauvaise réponse de manière unanime. Les résultats montrent que dans cette situation, 33% des sujets « naïfs » donnent une réponse conforme à celle des « complices »; 75% se ralliaient au moins une fois au groupe.

Dans les conditions normales de l’expérience, un tiers des personnes cédent à la pression du groupe, soit pour éviter un conflit en sachant parfaitement qu’ils donnent une mauvaise réponse ou alors en reniant totalement ce qu’ils ont pourtant vu de leurs yeux.

Comment expliquer le conformisme ?

dominoDans une situation de groupe, l'unanimité plaide en faveur d'une opinion et les individus qui le compose craignent la désapprobation sociale. Le conformisme s'explique donc par deux types d'influence : une influence informationnelle (le groupe a raison contre l'individu) et une influence normative (il est plus dur de subir la désapprobation que de se conformer).

Cette expérience permet de comprendre les effets de foule, et la facilité qu’il y a à les manipuler. Elle donne raison à George Orwell et ses personnages vivant dans l’état totalitaire de "1984" qui finissaient par reconnaître que "2+2=5".

Une seule voix

Une solution pour combattre cet effet existe pourtant. Si dans le groupe qui parle il n'y a plus d'unanimité et qu’au moins un individu donne une réponse différente, les chances que l'individu suivant cède à la pression passent de 33% à 5%.

C’est scientifique, même dans les assemblées apparemment unanimes, une seule voix fait la différence.

seulecontreTous

Anecdotes

  • Dans une université aux USA, une étude ayant révélé que seulement 33% des jeunes buvaient (alors que les etudiants étaient persuadés que casi tout le monde boit) a permis de faire diminuer la consommation d'alcool de manière stupéfiante. Beaucoup d'étudiants ne se sentaient plus obligés de boire pour faire comme les autres et appartenir au groupe.
  • Une fois un groupe constitué, ses membres vont tendre à se conformer à ce qui se dit ou fait dans le groupe. Ce conformisme n'est toutefois systématique, mais surtout très fort en cas d'agression de l'extérieur du groupe. En d'autres termes, chaque membre d'un groupe peut adopter un comportement, des attitudes sensiblement différentes des autres membres du groupe. En cas d'aggression extérieure, les membres vont se " serrer les coudes " et adopter une ligne de conduite très unie, généralement calquée sur celle du meneur -- " Ils sont comme moi, et je suis comme eux ". Ce comportement est souvent observé par les enseignants, qui sont souvent surpris de l'unité d'une classe lorsque survient une menace extérieure (c'est-à-dire, d'eux-mêmes). Les élèves, par exemple, pourront faire bloc pour éviter qu'un des leurs soit puni.
  • Le conformisme est une attitude de soumission passive aux normes et valeurs du groupe.   Il s’agit d’un trait commun à tous les primates, créatures vulnérables dont la survie individuelle passe par celle du clan. Tout comme les singes, les humains apprennent en imitant leurs semblables.
  • Au plan des communautés et des peuples, les méfaits du conformisme vont de la sottise des chauvinismes sectaires, aux horreurs du racisme, de l’intégrisme, des totalitarismes d’extrême-gauche comme d’extrême-droite et des génocides. Pas de guerres sans armées, ni d’armées sans conformisme. Ce n'est pas pour rien que l'on impose aux soldats l’uniforme et la marche en cadence...
  • Il arrive parfois que lors d'une réunion une décision irrationnelle soit prise, même si les individus du groupe auraient personnellement pris une autre décision. Dans une telle situation de pensée de groupe, chaque membre du groupe essaye de conformer son opinion à ce qu'il croit être le l'avis du groupe sans se poser la question de ce qui est réaliste. La conséquence est une situation dans laquelle le groupe finit par se mettre d'accord sur une action que chaque membre du groupe croit mauvaise. C'est ce que l'on appelle la pensée de groupe (illusion d’invulnérabilité, croyance en la supériorité morale du groupe, justification collective des décisions, transformation de l’opposant en stéréotype, pression de la conformité, autocensure, illusion de l’unanimité, peur de devenir dissident au sein du groupe, ...)